Problématique
On voit actuellement de plus en plus des descriptions d’ouvrage d’art de petite taille ou de moyenne taille tels que ponts et tunnels en trois dimensions (dites 3D) effectuées par des drones. Ces fichiers sont souvent présentés d’ailleurs dans la version cinématographique verte ou rouge ou bleue sur fond noir. C’est super graphique.
Il y a ici un danger de Sur Numérisation, car contrairement à la perception que nous croyons maîtriser sur nos petits écrans, ces fichiers sont tout simplement gigantesques. Ils commencent par coûter très très cher à réaliser, car ils emploient du matériel très coûteux qui peut aller jusqu’à 100 000 Fr. d’investissement juste pour le petit engin volant et sa caméra embarquée, géodésique de marque.
Si ces modes de représentations sont tout à fait justifiés dans l’industrie cinématographique où les trucages et des animations de monstres et de dinosaures (velociraptors, tyrannosaures, Godzilla et autres) l’exigent. Car il y a ensuite une projection sur grand écran avec résolution à haute densité, simplifié par le lissage final 2D (eh oui, pour la projection, même Hollywood rationalise ses fichiers numériques).
En revanche, de telles images Lidar sont totalement inutiles et encombrantes, car très lourdes pour l’industrie de la construction. En effet, la maille des scans, c’est-à-dire le treillis, et ses dimensions minimales, on pourrait dire incrémentale définissent la taille globale de l’objet en terme digital. Pour certaines modélisations, j’ai personnellement expérimenté le fait qu’on n’arrivait déjà plus du tout à les importer dans un système de dessin de plans CAO/CAD. Même de haut niveau. Ou alors il faut justement revenir à des superordinateurs ou des grappes d’ordinateurs montés pour l’animation visuelle, je le répète, cinématographique.
La Solution
Donc la bonne solution se situe à un autre niveau. Il faut réduire la modélisation initiale : élargir légèrement les mailles du treillis, par exemple des carrés ou des polygones de 30 cm ou 80 cm de côté, ce qui diminue énormément le poids digital du fichier final. On parle ici de réduire des fichiers de type Jurassic Park qui peuvent aller jusqu’à un ou plusieurs térabytes quand ils ont des points très rapprochés effectués précisément par un drone et avec une caméra à autre résolution, réduits en fait à une taille plutôt ‘de poche’ comme pour nos appareils de communication et par nos appareils portables.
Le maintien de cette taille réduite permet aussi le retour sur ces petits appareils pour l’inspection par les équipes de maintenance. C’est-à-dire les téléphones portables et/ou tablettes qui sont en fait ceux qui sont toujours avec nous, particulièrement quand il y a une crise ou un risque d’effondrement. Car au début d’un risque, il n’y a jamais sur place tout le matériel de type lourd. Il y a donc ici un enjeu qui est très important au-delà du transfert du seul fichier concerné. C’est celui de la comparaison des fichiers dans l’évolution de la durée de vie et du cycle de vie de l’ouvrage (vision diachronique), et donc de la conservation des fichiers dans le temps sur les serveurs de l’unité qui gère l’infrastructure concernée.
Si vous devez stocker des milliers de fichiers de plusieurs terabytes, en fait vous allez vous retrouver à acheter les mêmes ordinateurs que des astronomes ou le CERN. Ou bien alors louer la même place sur des serveurs alors que, en revanche, si vous optez pour une dimension plus réduite des fichiers avec une manutention plus simple pour les usagers courants tout et simplifié.
Ceci offre, en fait, le même rendement parce que, pour l’industrie de la construction, la maille de 30 × 30 cm ou la maille de 70 × 70 cm apporte exactement les mêmes qualités de comparaison entre fichiers. Et aussi dans le temps (la vision diachronique citée plus haut). Vous auriez, alors, fait le bon choix de gestion parce que votre modèle économique sera 1000 à 10 000 fois moins coûteux que l’autre (mille à dix mille fois moins, sans rire).
Actuellement, cette dimension des cotes de relevé initial doit absolument être intégrée dans le raisonnement de gestion économique d’ouvrage, car tout le monde se croit en guerre comme l’Ukraine contre la Russie et développe au fond des systèmes ultra-sophistiqués (uniquement basés sur l’image instantanée dite synchronique) alors que même les Ukrainiens et les Russes maintenant fonctionnent eux-mêmes avec des moteurs de tondeuse à gazon et des drones à 300 francs.
Dépenser moins c’est toujours un peu moins sexy et ça fait moins glamour, mais en revanche on peut se le permettre sur le temps long. Et préparer la transition entre les systèmes digitaux. Sinon on perd la mémoire, car les fichiers ne sont plus transférables d’une génération de stockage à l’autre.
Conclusion
Non, Jurassic Park n’est donc pas la voie à suivre pour la gestion des ponts et des tunnels, même dans ladite prospère Suisse !